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Heureuse année à tous !

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Voici mes souhaits que je partage avec vous en ce 1er Janvier…

Un peu de rêve, quelques folies, l’amour, quelques amis, un nombre incalculable d’éclats de rire, quelques projets passionnants et beaucoup d’argent pour les réaliser… Des oublis pour continuer à espérer et surtout une santé de fer… De l’estime de soi, de la confiance en soi, et moins de reniement d’origines et de culture pour savoir où l’on va… Et j’allais oublier, beaucoup de recul et de dérision pour supporter l’océan surréel qui sépare l’Algérie de l’idée que les autres s’en font…

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Ma révolution tranquille

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Elle est enfin seule. Elle réside désormais dans un petit appartement d’un quartier simple de Montréal. Elle est indépendante avec les hauts et les bas que cela inclut. Au fil des jours, elle a découvert que la liberté qu’elle convoitait tant dans le passé est issue de solitude et de simplicité. Chaque jour, cette jeune femme se surprend à vivre ce qu’elle croyait auparavant impossible.

La soirée vient de commencer, elle prépare son souper qu’elle dévorera seule comme à son habitude. L’appartement lui parait exigu, mais ça lui plait bien. Dans sa solitude, elle comble le vide avec ses dépendances. L’envie de fumer une cigarette lui prend. Elle sort sur le balcon et allume sa clope. Une action banale qui lui parait tout de même improbable. Elle regarde les passants dehors, en cette humide nuit d’été certains font une promenade en amoureux, d’autres sont assis sur un banc et certains marchent les yeux rivés sur leurs téléphone intelligents. Comme si sa cigarette ne lui suffisait pas, elle rentre dans l’appartement pour allumer son petit narguilé. Elle se sert un verre de vin et s’assoit confortablement dans son salon. Une multitude d’actions improbables qui ont le goût de la victoire, la saveur de la liberté et qui pour ses parents auraient eu l’odeur de la déchéance.

Pour finir la soirée, elle invite un garçon qu’elle fréquente depuis quelques temps chez elle. Il pose sa main sur sa hanche. Elle a le regard rivé vers la fenêtre. Son dos est nu, elle ne porte rien. La main de l’homme est toujours posée sur sa taille. Elle ne peut s’empêcher de l’observer. C’est un bel homme, assez grand, avec une carrure très imposante, des cheveux longs qu’il attache à l’aide d’un élastique noir, de fines mains osseuses et des ongles méticuleusement coupés.  Auparavant, lorsqu’elle se trouvait à proximité avec quelqu’un elle ne pouvait s’empêcher de sortir une déferlante de mots. Aujourd’hui, l’ombre du vent s’abat sur ses paroles. Elle n’a rien à dire, sa main est toujours sur sa hanche, elle recouvre le galbe de la jeune fille telle une étoffe de soie. Ça lui fait penser à ce livre qu’elle aime tant : soie, sois à moi. Elle n’a pas envie de briser le silence, ce moment a l’avantage d’être apaisant. Sa posture parle pour elle. Sa respiration. Il y a de la beauté dans ces silences. Elle se retourne subitement, il lui dit qu’il ne la comprend pas. Il y a également de la beauté dans cette incompréhension. Pour sa part, elle ne ressent pas le besoin immédiat de se faire comprendre. « C’est étrange, tu es la première Algérienne que je rencontre comme ça. Tu es proche de tes origines, le décor de ta maison, les cadres Touaregs sur les murs, la vaisselle purement maghrébine et j’en passe et pourtant à travers ton comportement tu ne sembles pas du tout attachée à tes racines. »

 

Effectivement, elle lui expliqua que ses parents sont venus de loin pour la déposer ici, loin des médisances tel un petit grain de sable du Sahara. En revanche, ils lui ont fait subir une situation semblable malgré la distance qui la sépare de son pays natal. Il lui demanda si elle se sentait parfois nostalgique. Elle y réfléchie quelques minutes et fini par répondre qu’elle a quelques souvenirs de ces pavés sur lesquels elle se promenait. Lorsqu’elle était jeune elle prenait l’expression « Alger la blanche » très au sérieux. Lorsqu’elle est retournée au pays pour des vacances, elle a retrouvé les murs des bâtiments noircis par la pollution ainsi que des infrastructures mal entretenues. Il y a une pesanteur qui règne sur la ville, sur le pays, le sentiment d’une multitude de rêves non accomplis qui se transforment en frustrations. Après sa longue réponse il lui demande si elle se sent plus algérienne ou québécoise. Elle lui dit qu’elle ne sait pas trop à quel bout de terre elle appartient. Elle sait qu’elle est faussement québécoise mais pas tout à fait algérienne.

Lui qui n’avait jamais vu une algérienne dans une condition similaire lui dit qu’elle semble avoir reçu une éducation beaucoup plus québécoise. Elle rétorque avec empressement pour lui dire qu’il se trompe. Sa liberté n’est pas acquise, elle la gagnée. Ses parents l’ont jadis engouffrée dans cette roue sans fin des traditions qui se résument à des restrictions et des contradictions. Elle a grandi avec l’idée que l’honneur d’une femme réside dans sa virginité, avec l’idée que la droiture d’un homme est dans sa piété et dans l’accomplissement de son ramadan. Avec l’idée que si elle sort en boite elle est une pute, si elle fume elle est une pute, si elle a un copain sans que cela mène au mariage elle est une pute. Et se débarrasser de cette façon de penser lui a pris du temps.

Après cette discussion profonde elle se dirige vers ses haut-parleurs posés sur la table de coin du salon. Elle met une chanson orientale pour meubler le vide. Elle s’assoit sur son canapé et approche le narguilé vers elle. Elle regarde cet homme qui lui regarde par la fenêtre. Cet homme lui plait bien. Pourtant, il ne la comprend pas. Elle se lève à nouveau. Son cou lui fait très mal. L’envie d’avoir un massage lui frôle l’esprit, ses mains semblent si douces. Elle a envie de se perdre en lui. Elle marche d’un pas lent, mais assuré vers sa chambre, elle ne dit pas un mot. Ce n’est certainement pas le moment de parler de banalités. Il la suit, lui aussi en silence.

 

***

Quelques jours plus tard elle invite son amie à passer la soirée avec elle. Avant, ses parents refusaient qu’elle la côtoie, car selon eux elle est une mauvaise fréquentation. Ce sont des balivernes, cette fille a toujours été un pilier dans sa vie. Une d’entre elle est assise sur le lit et l’autre par terre près de la télévision. Elles discutent de vieux souvenirs, elles rigolent un peu. Elles parlent de leurs vieux rêves et ceux qu’elles ont accomplis. Son amie lui demande : « Es-tu fière de ton indépendance ? »

– Oui, auparavant je n’acceptais pas mon sort telle une fatalité. Je voulais aller à contre-courant des croyances qu’on m’imposait, dit-elle.

– Tu sembles beaucoup plus épanouie depuis que tu es libre, lui répondit son amie.

– C’est marrant, je suis libre et tout ce que je fais c’est transgresser, mais parfois j’ai l’impression de sentir un déchirement profond. La nostalgie me submerge et je ressens de la culpabilité puisque je m’éloigne de mes racines.

– Mais Sakina… Tes racines sont ici. C’est comme un arbre il débute avec des racines et il puise ses ressources dans la terre où il est pour pousser et grandir, lui dit-elle.

La jeune femme reste pensive quelques instants. Elle songe à cette histoire de racines, à qui elle est désormais et à qui elle a été durant toute sa vie. Elle finit par dire : « Tu as raison, au début j’étais simplement constituée de valeurs qu’on m’a transmise. Et c’est à moi en tant qu’individu de choisir ce que je vais en faire. »

– Voilà, lui répond son amie.

– Et puis, ce que je suis, mon identité ne vient pas seulement de mon pays d’origine. Tout compte fait, je ne suis pas seulement algérienne ou québécoise. Je suis moi.

– Exactement, tu n’es pas que reliée à tes origines.

En effet, elle réalise que si elle n’avait pas eu ses racines à partir du Québec elle aurait été différente de ce qu’elle est désormais. Ici, elle a appris l’émancipation de la femme, ce qui à aider à constituer un petit côté féministe. Et grâce à cela elle s’implique pour des causes qui tiennent à cœur. Elle n’aurait pas instinctivement cette ouverture d’esprit et cette tolérance envers celui qui est différent. Elle a également appris l’amour de la langue française et c’est également ce qui l’a poussée à poursuivre ses études en littérature française. Elle peut également parler de sexualité sans gêne et sans tabou. Et puis, lorsque tout cela s’est construit elle a puisé ce qui lui plait dans ses origines algériennes. Sans cela, elle n’aurait pas eu ce goût prononcé pour la gastronomie maghrébine, elle n’aurait pas eu cette sagesse dans l’appréciation des moments simples de la vie puisqu’ici tout passe à grande vitesse. Et, il y a tant de choses dont elle s’est débarrassée, mais d’autres qu’elle a judicieusement gardées.

Tout compte fait, son amie a raison. Elle est une jeune femme sensible, mais qui refuse de se considérer fragile. C’est aussi une jeune femme qui prend confiance en elle, une jeune femme avec un côté enfantin, une jeune femme enjouée, débordant d’énergie lorsqu’elle est en bonne compagnie mais très calme une fois seule. Elle a longtemps rêvé de cette liberté. Aujourd’hui elle la vit pleinement. Elle a été patiente, tant d’années coincée dans sa chambre avec l’intention de sortir. Elle a voulu un changement progressif sans profusion de sang, ce qui est tout à son honneur. Au fil des jours elle en apprend plus sur elle-même. Avec du recul, elle réalise que sa condition lorsqu’elle était plus jeune n’était peut-être pas une question de religion, ni une question de coutumes, mais une question d’éducation reçue. On ne vit pas tous ce bagage culturel de la même façon. Il s’agit là de diversité, personne n’est dans le même bateau. Et pour cette raison lorsqu’elle raconte son histoire elle doit parler selon sa propre réalité, son identité, son nom. Elle se voit désormais comme un tout et un rien à la fois, un mélange de cultures. Elle reflète le passé et construit l’histoire. Elle ne perd pas de vue qu’elle est beaucoup plus que ça. À elle seule, elle est sa propre révolution tranquille.

 

 

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Sakina

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Sakina, belle avec sa chevelure d’un noir ébène
Femme de mes nuits, déesse au regard triste
Portant fièrement un rouge à lèvres éclatant,
Buvant son verre de vin frôlant l’ivresse avec délicatesse
Dansant sur un rythme qui n’est pas le sien
Assise au fond, loin de tous, tu ressasses tes pensées
Parfois euphorique, parfois mélancolique, d’où viens-tu Sakina ?
Ces nuits, perdue dans un restaurant à Naples, Prague, Paris…
Te souviens-tu de ces bars d’Alger ?

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