LIFESTYLE

Ma vie à Alger #2

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Il est temps pour moi de vous raconter, mais vous raconter quoi exactement? Moi-même, en fait, je ne pense pas vous le dire clairement… J’ai juste l’impression que dans la situation présente, celle que je vis depuis quelques semaines, j’ai besoin d’extérioriser ce gros bon mélange de flash-backs, de souvenirs, bons comme mauvais, ces images qui défilent, ces gens que je n’oublierai jamais… Car oui, je pars! Une partie de mon esprit me dit «enfin, tu t’en vas, à toi la liberté d’être qui tu es, la liberté d’avancer et de pouvoir faire tout ce que tu aimes!» Mais l’autre partie me rappelle que tous ces moments passés vont terriblement me manquer. Alors arrive donc le moment où je me livre à toi, toi qui me lis.

Cher lecteur, je te connais très bien, ou peut-être pas du tout, j’ai peut-être même une folle envie de te connaître d’avantage sans pouvoir y parvenir, je ne sais pas où tu vis, ou peut-être même que je connais toute ta vie. Tu es inconnu, ami ou amant, seul toi le sait et tu me connais sans doute mieux que je ne te connais. Mais il est temps pour moi de te dire que je m’en vais de l’autre côté de la mare. La grande mare. Tu sais, là-bas, là où l’on pense que tout est meilleur. Mais est-ce vrai? Depuis toute petite, je traverse la mer, je fais le Nord puis reviens vers le Sud à chaque fois… Là, c’est pas pareil, je parle vraiment d’un aller sans retour. Une toute nouvelle vie s’offre à moi. Une vie si différente de celle que j’ai mené à Alger jusqu’à aujourd’hui.
Alger? Tu sais, cette ville au Nord de l’Afrique, cette ville où il fait si bon vivre quand on sait comment s’y prendre. Cette ville qui m’a tout appris. Cette ville que j’ai critiqué, même renié à une certaine période. Cette ville dont je pensais être une erreur d’y avoir atterri. Mais NON, parce que c’est cette ville qui m’a forgé, qui m’a rendue humaine, qui m’a expliqué que la vie est un cadeau du ciel et que l’on doit tous les jours s’estimer heureux. Et dans cette ville, y a des gens tu vois? Comme toutes les autres villes quoi… Mais ici, ils sont différents, parce qu’ici, ils sont heureux. Une fois j’ai demandé à des vieux du quartier qui étaient assis sur un banc «Pourquoi vous êtes si heureux tous les jours?» Ils m’ont répondu que c’était parcequ’ils étaient en vie, et que c’est le plus important après tout, pourquoi s’empêcher d’avoir le sourire aux lèvres?
L’hospitalité a fait la beauté du peuple que j’ai côtoyé pendant des années et cela va terriblement me manquer…
Quand j’étais dans l’avion, et que je m’éloignais de plus en plus d’Alger, j’ai réalisé qu’elle m’a en fait tout apporté, et que la plus grande partie de mon inspiration restera toujours à travers les gens que j’ai rencontré, que j’ai croisé et même à ceux à qui je n’ai jamais adressé la parole… Un regard me suffisait, un simple sourire n’était non plus pas de refus. Parce que vous savez, à Alger tout le monde sourit, cette joie de vivre, c’est dans le sang.
Mais vous me direz, qui sont ces gens?
C’est le marchand de fruit de mon quartier qui nous déconseille d’acheter ses oranges provenant d’Europe parce qu’il dit qu’elle subissent de la « chirurgie pour fruit » et que tout le goût s’en va, il explique toujours que c’est pour « faire beau », une sorte de décor alors, sans doutes… C’est les enfants que l’on croise quand on rentre de la plage, qui vendent de la galette chaude sur la route avant le coucher de soleil. C’est ces vieux qui jouent aux dominos en sirotant leur café-gobelet interminable, c’est ce gardien de parking qui tente de gagner sa vie comme il peut. C’est ces jeunes qui s’adossent aux murs toute la journée (on appelle ça « hittistes » en arabe) pour draguer les jeunes filles, espérant un jour trouver la perle rare qui leur accordera un rendez-vous, c’est « Baba Salem », une troupe de musique folklorique qui passe une fois par semaine en bas de la maison et qui fait danser petits et grands demandant non pas l’aumône, mais un geste de considération à ceux qui apprécient leur art. Enfin, ce sont mes parents aussi qui, de jour en jour, m’ont fait découvrir Alger à leur manière, chaque endroit a son anecdote, et je m’en lassais jamais de les écouter parler. J’espérai même qu’ils ne puissent pas se taire. C’est comme si à travers leur propres histoire, j’ai créé la mienne.
Alors je lève mon verre (de thé) à toutes ces personnes qui ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Beaucoup d’entre elles ne me liront certainement pas, mais je ne les oublierai jamais.

Alger est pour certains une « belle femme trahie par sa beauté », mais cela restera une perle. Une perle que beaucoup n’auront pas la chance de visiter.

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